
Nous avons participé les 27 et 28 mai aux Rencontres Nationales de l’Ingénierie Territoriale (RNIT) 2026 sur le thème « des territoires adaptés au changement climatique ». Un sujet d’actualité avec l’exceptionnelle (qui le deviendra de moins en moins) vague de chaleur que nous vivons en cette fin mai. Des rencontres organisées par l’AITF et le CNFPT.
Regarder la situation en face
La mise dans le bain était réussie avec une table-ronde à 3 voix complémentaires.

Jean Jouzel n’a pu que constater l’écart entre les connaissances scientifiques depuis 30-50 ans et l’action politique même s’il tâche de rester optimiste en indiquant que nous avons éviter la trajectoire la pire. Certes, mais rester à 2°C de réchauffement est un défi que nous ne sommes pas en train de relever.
Florence Peleau-Labigne, la DGS de la région Centre-Val de Loire qui a donné du souffle avec une ambition et des projets porteurs (comme iTEEnéraire auquel nous participons pour former les agents et incidemment transformer les organisations).
Vivian Depoues, consultant chez I4CE, apportait un atterrissage métier. Il ne s’agit pas juste de gérer des risques historiques (aléa occasionnel), mais de voir loin pour prendre en compte les transformations géophysiques des territoires (nouvelle normalité). Une approche dont nous avions perçu qu’elle n’est pas encore évidente quand nous avions animé un travail sur la (trans)formation des métiers de la prévention et gestion des risques dans le cadre du projet iTEEnéraire.
Une belle illustration en était présentée à travers une courte vidéo sur le renoncement à construire un écoquartier à Caen-la mer en raison des projections de montée de eaux. Une réalisation Territoires audacieux.

Tout cela permettait de voir que les professionnels de nos collectivités ne s’illusionnent pas et se confrontent aux défis à venir. Nous aimerions que cela soit plus partagé au niveau des élus, nationaux en tout cas.
Beaucoup de place aux aspects humains et sociaux
« il faut articuler le hard et le soft »
Wandrille Jumeaux
Nous avons agréablement surpris de la place laissée à d’autres enjeux que les enjeux techniques qui sont le cœur des métiers de l’ingénierie.
Atelier sur « les leviers du management, de l’organisation et de la formation »

Renaud Piquemal du CNFPT témoignait du risque à parler de nouveaux métiers vers lesquels rediriger les agents, par exemple avec des missions sur la relation usagers : une situation vécue comme une déprofessionnalisation qui est pour eux attachée à l’expertise technique.
Cela correspondait exactement à l’hypothèse que nous avions émise dans la note de contexte pour les métiers des déchets et propreté (toujours le projet iTEEnéraire) que nous avions finalisé dans le train en venant : « cette identité professionnelle constitue un ressource essentielle pour des agents majoritairement en posture d’exécution (catégorie C) ». La transformation (écologique) doit être attentive à cette ressource et ne peut donc se faire qu’avec le concours des agents.

Conférence « Cohésion sociale, résilience et solidarités territoriales »
Ce fût l’occasion d’avoir les éclairages de :
- Solange Martine (Ademe) sur la transition juste. Les politiques d’atténuation peuvent en effet renforcer les inégalités : des aides aux plus gros pollueurs pour les aider à décarboner ; une taxe carbone qui est plus impactante pour des ménages modestes aux dépenses contraintes.
- Sylvine Bois-Choussy (La 27ème Région) sur la justice environnementale. Avec des politiques descendantes (bien pensantes ais mal conçues), il y a le risque de multiplier les injonctions aux plus vulnérables, alors que des formes d’écologie populaire sont invisibilisées.

Wandrille Jumeaux (Ville de Lyon) a témoigné d’un changement de posture des élu·es suite à une campagne où le sujet de la transition a été conflictuel (ses diapos dans son post). Avec une volonté de plus de terrain, d’écoute, de dialogue et de coconstruction ; et des discours qui parlent d’abord des cobénéfices sociaux et démocratiques (santé, égalité, proximité…) avant d’environnement. L indiquait également que le croisement entre les politiques sociales et les politiques écologiques nécessitait un dialogue entre des directions peu en contact jusque-là (un constat déjà entendu lors du colloque scientifique sur les transitions sociétales que nous avions suivi à l’automne 2025).
Rida Lamjaj (Communauté des Communes Creuse Grand Sud) a partagé le concept que nous découvrions de « retard d’avance » (voir cette vidéo TEDx) : des territoires qui ont raté le train d’une certaine modernisation (infrastructures ; remembrement) constatent qu’ils n’étaient finalement pas dans une situation plus critique face à la transition écologique. Intéressant aussi la description de son métier comme « faire de la traduction » : un travail d’écoute des acteurs de terrain pour faire émerger qu’ils font déjà de la transition sans forcément le savoir, et savoir remplir les bonnes cases des tableaux de bord des politiques publiques descendantes pleines de grands concepts.

Conférence « le vivant et la robustesse »
Nous y retrouvions le compère Manuel Ibanez impliqué dans la communauté de la robustesse autour d’Olivier Hamant. Nous avons retenu sa formulation de passer de l’adaptation (au risque / changement connu) à l’adaptabilité, qui est la capacité à s’adapter à l’imprévisible, ce que nous avions partagé dans l’atelier du matin : « se préparer à l’improbable ».

Nous retrouvions également Pierre Gamel du SDIS 45 qui avait déjà partagé son témoignage sur sa mission à Mayotte après le passage du cyclone lors du projet ITEEnéraire. Il résumait l’enjeu de manière assez claire : ralentir – renoncer – retrouver du sens. En évoquant la pratique dans son métier du « silence radio » au cœur de la crise qui permet de se reconnecter aux autres et à la mission. Ces évocations résonnent fortement avec le méta-modèle de la théorie U, une des 3 grilles de lecture systémique que nous étudions dans une publication à venir de la Fabrique des transitions (suivez le webinaire le 4 juin).
Une des questions posées par le public était quelle différence entre résilience et robustesse. A la fin, nous avons pu avoir un rapide échange avec Benoît Thévard de la Fabrique des transitions. Nous partageons le fait que résilience et robustesse sont en réalité la même chose : on peut regretter la confusion que cela peut générer, et en même temps se satisfaire si la mode de la robustesse permet de rattraper des personnes qui n’avaient pas accrochées à la résilience. Encore faut-il ne pas chercher à absolument les distinguer comme n’y arrivent clairement pas malgré leurs efforts Arthur Keller et Olivier Hamant dans leurs échanges pour Sator.
Notre participation à la visite du « Sanitas, un quartier résilient » montrait bien qu’il n’est pas encore si évident pour les professionnel·les de décrire de manière synthétique les enjeux de résilience et les actions qui y contribuent (bien qu’ils en conçoivent), ce qui porte le risque d’impensés et de manqués.

Pratiquer les usages démodés


Le soir, nous avons avons trouvé une solution simple et gratuite à lutte contre la vague de chaleur. Une occasion de méditer de l’écart entre les usages et la règle, et la nécessité d’innovation pour adapter la règle issue d’une modernisation (en l’occurrence la tentative de contrôle par le recours à l’interdiction généralisée suite à un traumatisme) qui ne nous permet pas de répondre aux défis actuels.


Une soirée en clin d’œil pour nous – Mickaël Poiroux – suite à notre long passage à la Mission Val de Loire patrimoine mondial qui entretient la mémoire des plaisirs de Loire, et notre court passage au POLAU qui avait mené l’enquête sur la baignade dans le cadre du Parlement de Loire.
Bilan
Nous sommes ressortis des ces 2 jours confortés dans l’envie et la capacité des directions techniques des collectivités de contribuer avec pertinence à la transition de nos sociétés, quand elles savent prendre en compte l’humain.
Cela nous encourage à poursuivre leurs accompagnements comme nous avons pu le faire pour 2 Départements:
- Diagnostic sensible « Quartier de vie des collégiens à +4°C » pour le CD93 via la Fabrique des transitions
- Formation « Accompagner les territoires dans leurs transformations systémiques » pour le CD53 via le CNFPT
Un sujet moins abordé: la prise en compte des autres vivants. Un chantier à poursuivre ! Notre jeu de cartes Cartographie des parties prenantes est bon point de départ.